Le centre Drop-in, une solution pour les enfants des rues dans la province de Ngozi

Bujumbura, Burundi, 19 octobre 2015.

Dans les rues des grandes villes du Burundi, y vivent des milliers d’enfants, majoritairement garçons, toujours prêts à tendre la main aux passants dans l’espoir de recevoir quelques centimes. Souvent orphelins de père et/ou de mère, spoliés de leurs biens ou maltraités par leurs substituts parentaux,  ces enfants décident de fuir vers la rue faute de mieux. Couplés à une croissance démographique élevée et à une pauvreté extrême, les facteurs sont nombreux à être la source de dislocation de nombreuses familles.

Ce grand saut dans le vide que font ces enfants quand ils prennent le chemin tumultueux de la rue s’explique par l’espoir de « vivre mieux » en trouvant l’argent facilement ou par la « peur » de continuer à subir des violences physiques ou morales.

Rencontrés le plus souvent dans les plus grandes villes du Burundi, à savoir Bujumbura, Ngozi et Gitega, ces enfants dorment à la belle étoile. Petit à petit, ils s’adonnent aux stupéfiants et apprennent à développer des stratégies de survie: mendier, chercher de la nourriture dans les poubelles, voler, etc.

A long terme, les répercussions de ce phénomène se remarquent tant sur le développement personnel de ces enfants que sur la nation toute entière qui se retrouve dans l’obligation de gérer les vices commis par ces jeunes ayant évolués dans un environnement privé de toute instance sociale utile à l’éducation d’un enfant. Principale cible des rafles policières, ces enfants sont privés de leurs droits en plus d’être victimes de violence diverses.

Pour répondre à ce problème de société, l’association Observatoire Ineza Droit de l’Enfant au Burundi (OIDEB), appuyée financièrement et techniquement par l’ONG KIYO, mène depuis 2013 différentes activités dans la province de Ngozi pour venir en aide aux enfants en situation de rue (ESR) et aux orphelins et autres enfants vulnérables (OEV).

Dans ce cadre et avec le soutien de l’UNICEF et de KIYO, l’OIDEB a mis en place à Ngozi un centre communautaire appelé « Drop-in » visant la protection de l’enfance et la prise en charge des ESR. Ce centre est ouvert du lundi au vendredi et offre aux ESR une assistance psychosociale, des activités socio-économiques, des séances d’alphabétisation… et des services juridiques pour remettre les enfants dans leurs droits.

Depuis une année et demie, on compte 1509 enfants qui se sont déjà présentés au centre Drop-in et parmi eux, plusieurs ont été référés à d’autres associations en fonction de leurs besoins. Grâce à ce centre, 21 dossiers de mineurs en conflits avec la loi ont été confiés aux cabinets d’avocats collaborant. De surcroît, 85 enfants ont bénéficié de matériel scolaire, 5 enfants de la rue ont accepté d’être réinsérés dans leurs familles et 5 mineurs en conflit avec la loi ont été relâchés puis réinsérés dans leurs familles. Au total en une seule année, ce sont 161 enfants qui ont été durablement réinsérés dans leur famille, à l’école ou qui ont pris leur indépendance financière après une formation en arts culinaires.

Ce centre est doté d’une bibliothèque, d’une infirmerie (pour les soins élémentaires de base), d’une petite pharmacie, des bureaux pour les services sociaux et pour les services juridiques ainsi que de terrains pour les animations sociaux sportives (terrains de basket et de football, balançoire et toboggan). Il offre également à ces enfants de la nourriture trois fois par semaine ainsi que des douches pour leur permettre de se laver quotidiennement.

Selon le ministère de l’Action sociale et de la Promotion de la femme, le Burundi compte plus de 5.000 enfants de la rue dont 3.000 dans la seule ville de Bujumbura-Mairie. Une enquête faite par l’UNICEF en 2010, a révélé que la majorité de ces enfants en situation de rues (ESR) qui sont dans la province de Bujumbura-Mairie sont natifs des provinces nord du pays tels que Ngozi, Kayanza et Kirundo. Au Burundi, la prise en charge de ces enfants, tant préventivement que curativement, est donc plus qu’une URGENCE à laquelle KIYO et ses partenaires tentent tous les jours de répondre.

Par Sandrine SANGWE.

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