Tristes baisers de Rio

Ça m'attriste un peu quand un fait divers à Copacabana fait la une de tous les journaux, mais que les assassinats d'innocents par la police y sont le lot quotidien... C’est ce que l’on appelle les dommages collatéraux... Récemment, la police a délibérément laissé quelqu'un mourir d'une hémorragie à la suite d'une blessure par balle dans la gorge. On pensait que la victime était un criminel, et tout le monde sait qu'un bon criminel est un criminel mort. Jusqu'à son dernier souffle, l'homme a crié « ne me laissez pas mourir, ne me laissez pas mourir... », demandant de l'aide aux ambulanciers garés là depuis déjà une heure, mais en vain. Quand on parle de la violence meurtrière aux Cariocas, les habitants de Rio de Janeiro, un instinct de survie refait surface : « Plutôt toi que moi... », « Tu as beau être mon ami, si tu te prenais une balle, je serais content d'avoir été épargné », ou encore « J'ai peut-être tué, mais c'est ce que j'ai appris en grandissant dans une favela et c'est grâce à ça que je suis encore en vie. »

 

En allant au travail, bloquée dans les embouteillages de Rio, j'ai vu un homme gisant, mort, dans la rue. Il avait reçu cinq balles. J’ai été profondément choquée mais ici, les réactions ne vont pas plus loin qu'un léger haussement d'épaules accompagné d'un « Mouais, que veux-tu que j’y fasse... ».

 

Mais la véritable nouvelle est que la population des favelas ne tolère plus la violence policière. Alors que l'échéance pour débarrasser le pays de la violence et du trafic de drogues et d'armes qui sévissent dans les favelas approche, la population s’agite. Et j'ai bien peur que le vase ne déborde pendant la Coupe du monde. Rio sera alors au centre de tous les regards et le peuple saisira l'occasion de montrer son mécontentement. La ville risque bien de se retrouver à feu et à sang... Œil pour œil, dent pour dent, c'est la seule façon pour eux de se faire entendre.

 

Je vous tiendrai informés de la suite des événements...

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