KIYO se préoccupe des droits des enfants dans de la crise sociopolitique burundais

Bujumbura, le 18/12/2015

Depuis le mois d’avril 2015, le Burundi traverse une crise sociopolitique majeure née de l’opposition d’une partie importante de la population au 3ème mandat du président Pierre Nkurunziza, sur base du principe légal qu’il est contraire à l’accord d’Arusha.  Nourrie par des échanges de tirs, des déplacements de populations, des arrestations, de nombreux blessés et près de 300 morts, cette crise n’épargne pas les enfants.

Très vite la crise socio-politique a eu pour conséquences la fermeture de nombreux établissements scolaires de la capitale Bujumbura. Les enfants ont pris du retard

 dans leur apprentissage et les concours nationaux n’ont pu se tenir dans des conditions favorables au développement de l’enfant.

Même si depuis la fin du mois de septembre, la scolarité a repris, le retard est grand et les blocages répétés dans ces certains quartiers empêchent les enfants d’accéder sereinement à leur droit à l’éducation. Même au sein des écoles, les enfants ne sont plus à l’abri « Le plus dur pour ces enfants, c’est quand on tire pendant qu’ils sont encore à l’école. Les enseignants leur donnent alors l’ordre de rentrer chez eux. Ils rentrent en courant, ne sachant pas d’où proviennent ces tirs. Certains se font tirer dessus ; trois enfants se sont déjà fait tués comme ça » explique un résident de Cibitoke.

Depuis le début de la crise, ce sont près de vingt enfants qui ont été recensés comme victimes de ces échanges de tirs directs, jets de grenades ou de balles perdues. Le nombre d’enfants blessés est lui encore plus important en particulier dans certains quartiers populaires du Nord et du Sud de la ville. « Lorsqu’il y a des coups de feu, c’est la panique générale et les enfants jouant dans les rues courent dans tous les sens », confie un parent vivant en commune Cibitoke.

Les enfants ne pouvant plus se rendre à l’école, sous les bruits de balles,  restaient terrés dans leurs quartiers à longueur de journée. Inévitablement, certains sortaient dans la rue pour regarder leurs ainés manifester, se retrouvant parfois emportés par les instances policières. Avec les manifestations qui ont commencé début du mois d’avril, ce sont « des centaines d’enfants qui ont été emprisonnés puis relâchés, d’autres sont toujours incarcérés » déclare la FENADEB (Fédération des associations engagées dans le domaine de l'enfance au Burundi). La Maison Shalom renchérit disant que « depuis l’ouverture du centre de rééducation des mineurs en conflit avec la loi de Ruyigi, le 24 avril 2015, l’effectif des mineurs incarcérés augmente chaque mois. » Près de 50 enfants s’y retrouvent dont une dizaine sont accusés d’atteinte à la sureté de l’Etat !

Depuis le début des troubles, près de 300.000 personnes ont fui le Burundi pour les pays voisins, entrainées par la psychose des précédentes crises ethniques qu’a connu le pays, la peur d’une éventuelle guerre civile ou parce qu’elles se sentent directement menacées. Selon la société civile burundaise, plus de 700 enfants seraient séparés de leur famille, dans un pays qui compte déjà des milliers d’orphelins.

Depuis plus de 8 mois, les nuits et parfois même les journées sont rythmées par des coups des feux, des explosions de grenades voir parfois de tirs de mortiers. Pour les enfants, le traumatisme est lourd : « Quand on tire les coups de feu la nuit, mon fils traumatisé n’arrive pas à dormir. A chaque coup de feu, il sursaute et cela peut durer plusieurs heures » confie une mère qui élève seule son fils.

Le Burundi a ratifiée la Convention Internationale des Droits de l’Enfant depuis 25 ans, mais aujourd’hui, du fait de la crise sociopolitique que connait, la protection des enfants se trouve de plus en plus menacée.

KIYO est une ONG qui défend et promeut les droits de tous les enfants grâce à des partenariats avec la société civile burundaise. La priorité est donnée aux enfants qui sont les moins capables de se protéger et de défendre leurs droits. De cette manière, KIYO contribue à intensifier les efforts internationaux pour la réalisation des droits de l’enfant burundais.

Par Sandrine SANGWE et Céline Baes

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